To Buy or not to Buy

Nous avons trouvé Notre terrain. Nous avons fixé la date et l’heure de la signature du contrat de vente. Les papiers : « checked », l’argent compté … « il ne reste plus qu’à » … si ce n’est que … 

… everything is « more fun in the Philippines » 

Retour sur une journée haletante faite de kilomètres, de nerfs, de sueur et d’imprévus … 

Starring : 

Cerise : timide mais décidée, la « caretaker » du terrain, alias celle qui s’occupe du terrain pour le compte de la propriétaire qui vit à Manille, alias celle qui sert d’intermédiaire, alias celle qui a dit aux autres membres de la famille : « bon, les gars maintenant on arrête de proposer le terrain à 150% du prix demandé par la proprio sinon personne va nous l’acheter … essayons au moins une fois de marchander et de réduire notre commission interstellaire… tiens tiens, pourquoi pas avec ces deux petits foreigners … » 

Ciccio : frimeur, empoté, c’est le beau frère de Cerise. Apparu de derrière les fourrés dès que l’on a commencé à s’accorder sur un prix … il a pris les choses en main … ou du moins il fait comme si … doté d’une imagination hors paire, il se dit « agent immobilier », « chef de chantier », « chauffeur du maire » et plus surement si affinités …

Maître lawyer : notre avocat qui lui ne picole pas de bon matin et travaille dans un vrai bureau

Tag-ibo : le « barangay » où se situe notre terrain 

Vous connaissez tous ma’am Lucille 
Invité spécial : Capitaine crochet … le capitaine du «  barangay », c’est en quelque sorte le chef du quartier  


H-5
«  C’est fou, je ne stresse pas. Je suis plutôt confiante. Ce qui ne me ressemble pas. Est-ce le fait de la méditation de ce matin ? Ou de la méditation de ces derniers jours ? » 

Voici un extrait des premières lignes que je pose dans mon journal ce matin du 20 février 2018, jour prévu pour la signature du contrat de vente. 
Le rendez-vous est à 14h, il est donc l’heure « H-5 » lorsque j’écris ces premières lignes. 
Nous attendons, un sac vide sur le dos, l’ouverture de la banque.

H-4h50 
La paquet de billets que nous avons demandés doit faire quelques 20 cm de hauteur. 
À la vue de tout le monde ce petit paquet, digne d’un premier rôle de bon petit film à suspens, passe entre les mains de différents employés qui le trimballent comme une pile de vulgaires papiers. Assis disciplinés, nous sommes les acteurs premier prix d’un mauvais thriller vu notre expression hébétée sur le vulgaire butin…

H-4h45
« Pouvons-nous avancer le rendez-vous à 12h30 ? » un sms vient détourner notre attention. Le temps s’accélère tout à coup. Cerise & co. semblent pressés de fêter la signature. Ce n’est pas si grave : les billets sont en chemin et nous sommes déjà pressés de nous en débarrasser…

H-4h39 
Nos billets de banque ont fini leur petite balade. 
L’employée nous appelle haut et fort devant tout le monde en mode « avis aux personnes malintentionnées, les pigeons s’approchent du comptoir, je répète les pigeons s’approchent du comptoir »

H-4h15 : le zip de mon sac à dos ne se ferme plus très très bien mais ferme quand même encore : les billets sont en sécurité 


H-4 
La petite visite de courtoisie à Madame Lucile, pour vérifier que les derniers papiers sont en ordre, prend des allures de films d’action …
« – Bonjour Madame Lucile ! 
– « Ah! vous voilà, je vous attendais! 
– … Ah bon, pensons-nous, le dernier papier dont nous avons besoin n’est pas encore fait ? 
– Il y a un problème, nous annonce-t-elle. 
– Un problème ? 
– Oui, ce matin deux vieilles femmes sont venues me demander les papiers du terrain que vous allez acheter pour pouvoir poser une plainte sur la vente originelle du terrain de leur aïeul … 

Un ange passe et nous aimerions bien que le metteur en scène crie « COUPEZ ! »  

« – Pardon ma’am Lucille ?? 
– Pading et Daning sont leurs petits noms, « avec un « G » à la fin, c’est le Filipino accent, et vous pincez votre nez » spécifie-y-elle. » 

J’ai envie de lui dire qu’on a le même dans le sud alors que le nom de ces deux vieilles femmes sonne comme une claque en pleine figure « PAPANG ! DADANG » 

Sur cette nouvelle, Madame Lucille sort des registres qu’on avait jamais vus. Elle griffonne frénétiquement sur un bout de papier les informations qui devraient nous aider à résoudre l’affaire. Si appliquée et occupée, Ma’am Lucille est méconnaissable. Elle cherche, analyse, écrit, se lève, ouvre un autre livre, cherche, écrit,… Mais quelle mouche l’a donc piquée ? Peut-être celle de la culpabilité, pour la dernière fois où elle nous a accueilli dans son backoffice, ses doigts comme restés englués sur l’écran de son Smartphone vite caché sous quelques feuilles, encore allumé sur le niveau 856 du jeu Candy Crush… trop dure la vie

Activité incarnée ce matin, elle en a les joues rouges et la pupille tintée d’excitation, le tout malgré une éternelle nonchalance dans ses mouvements las. « Quelle aventure so Exciting !! » nous dit-elle dans une tentative ratée de nous détendre. Si tu veux je te donne ma place ma’am Lucille. 

Lorsque nous quittons son bureau, avec les deux petits papiers gribouillés des informations à récolter, il est 10h30, le rendez-vous est déplacé à 12h30, et nous devons nous rendre dans quatre endroits différents dans un rayon de 25 km… 

Première étape : aller essayer de parler avec « PAPANG DANDANG » à Tag-ibo

À 10h32, à la sortie du bureau de Madame Lucile nous tombons sur Ciccio. Oh non pas lui « hey les amis on se voit à 12h30 alors? »
Minute papillon car ton terrain il pue. Son regard change, il nous replonge le temps de quelques phrases dans nos cours de récréation « Madame Lucile, elle est pas gentille » nous dit-il avec des mots un peu moins gentils. Il enfourche ensuite sa moto et fonce lui aussi à la recherche de Padabenbengbeng et Dadaaaaaang ! 

Il est 10h42 lorsque la fermeture éclair de mon sac à dos finit par complètement se casser. Sac est en mode « affamé ». Overdose de billets? Le butin n’est plus trop en sécurité.

10h45, à Tag-ibo: pas de trace de Frapadingue &co. Merde! Elles ont une longueur d’avance. Nous nous rendons alors dans la maison du capitaine du barangay pour vérifier si une plainte a été introduite. 

« excusez-moi, nous cherchons le capitaine du Barangay » demandons-nous à un monsieur assis sous le porche de sa maison, aux prises avec une vieille machine à coudre. Singer s’il vous plaît. « C’est moi » nous répond-il. Ouf, nous avons trouvé la bonne personne. Petit soucis : capitaine crochet ne parle que le Visaya ! Nos deux cours de Visaya nous permettent de les impressionner certes mais pas encore de nous faire comprendre ! Nous lui demandons tant bien que mal s’il y a une plainte posée contre les propriétaires du terrain, il nous répond que non, nous lui parlons de Padang Padang Padang et Danang Danang Danang, il fait appeler Ciccio, nous lui disons pas la peine, Ciccio arrive, ça gueule, nous traduisons la scène dans notre tête, ça sent le roussi, nous partons direction Siquijor pour avoir des informations sur la vente originelle du terrain…et tenter d’évaluer sa légalité… 

À 11h30 à Siquijor, nous n’obtenons aucune information si ce n’est que la vieille préposée nous dit « n’achetez pas ce terrain » sur le ton de la confidence. Merci, mais de ton conseil, on s’en serait passé …

Nous devrions encore passer au DENR mais le temps nous manque…


À 12h30, avec un peu de retard, nous arrivons dans le bureau de l’avocat. Finalement nous y rencontrons la propriétaire. Elle est de chair et d’os, et est venue expressément de Manille pour quelques heures, le temps de la signature du contrat et du transfert du butin. 

Dans le bureau de l’avocat tout le monde tire un peu une drôle de tête : Ciccio est au bord des larmes et rouge de colère si bien que l’on se dit qu’il doit toucher pas mal d’argent sur la vente du terrain, la propriétaire a le regard du personnage qui n’attend qu’une chose et qui se fiche pas mal du reste. L’avocat, lui, semble un peu perdu dans tout ça. Il est entre l’expression du « euuuuuuuuh…vous deconnez les gens ??? Elles auraient dû se manifester entre 1935 et 1994 les cloches, elles ont raté le coche… » , l’expression du « merde! J’ai promis à ma femme une semaine au coco groove avec la tune de ma prestation … ! », et la compassion « pauvre moi…pauvre Ciccio…pauvres idiots… » Pendant ce temps, la propriétaire demande à son assistante de faire quelques selfies, elle rote un coup, d’autres selfies, puis elle perd patience … « bon euh … j’ai un butin et un bateau à prendre moi » …
… nous refusons de signer sans certitude …
… le temps file, nous nous répartissons les tâches : nous au DENR, la proprio chez ma’am Lulu faire le fameux dernier papier, puis tous chez le capitaine crochet pour régler l’affaire de la plainte car, l’avocat le dit, c’est chez lui que ce genre d’incident se règle… 

Nous reprenons la mobylette. Nous approchons des 100km en un jour. Au DENR ce n’est pas Greg qui s’occupe de nous mais un collègue assisté d’une collègue qui se présente « je suis la petite fille de frapading » … NOUS SOMMES CERNÉS… elle a pas l’air commode mais elle reste interloquée lorsque nous lui disons que si elle se sent lésée elle doit introduire une plainte, « nous te comprenons » Et on vous assure qu’à ce moment-là, nous étions vraiment sincères. Dans notre tête, nous faisions déjà le deuil d’un énième terrain « kinder surprise » …on demande à voir des papiers qui n’arriveront que dans une semaine, entretemps Chérie et Ciccio nous envoient un message : la plainte a été enlevée, rendez-vous chez le capitaine crochet …

Arrivés chez capitaine crochet, personne n’est là, à part le capitaine, la machine, quelques figurants et Cerise les yeux gonflés de larmes – ils doivent vraiment toucher un bon bonus sur la vente. Nous attendons en grignotant des cacahuètes achetées dans le sari-sari du capitaine – un sari-sari c’est une espèce de night shop qui vend de tout. Nous attendons. Nous attendons. Nous attendons. Sous le porche du « paqui » capitaine crochet. Après quatre paquets de cacahuètes, nous nous dirigeons vers le bureau de l’avocat où tous nous attendent en fait.

« Nous n’allons pas le prendre, comprenez-nous » … ils sont gentils, car tout le monde fait mine de comprendre SAUF notre cœur … et notre ami-conseiller Olive qui nous appelle juste avant de tous nous saluer cordialement « dites les gars, c’est quoi vot’ problème exactement ? Vous avez un terrain en or et en ordre, si frapading ding ding et famille fument un peu trop de substances illicites c’est leur problème pas le vôtre ! » …
… il a pas tort confirme l’avocat, y’a prescription 
… il a pas tort bande d’imbéciles, je veux juste ma commission sivoupléééé… supplie intérieurement Ciccio
… il a pas tort, nous le savons

Dans la hâte et le stress nous avons oublié d’interroger notre cœur, du coup c’est lui qui a pris les devant : Cerveau mode OFF tandis que les mains, le bic, les signatures en mode ON « On n’est pas v’nus ici POUR HÉSITER OKÈÈÈ??!! » 

c’est ainsi que notre « à bientôt peut-être » se transforma en un « ok on signe ! » inespéré.

Sur ce, la propriétaire est rentrée le sac un peu plus rempli, maître lawyer a pu emmener sa femme au « coco groove », Ciccio & co ont pu s’essuyer les larmes avec des billets de 1000 pesos et nous avons pu découvrir les joies du binge drinking avec nos amis les autres propriétaires car 128 km en mobylette, des centaines de billets de mille pesos dans un sac cassé de tous côtés, 4 administrations, quatre paquets de cacahuètes grillées pour tout repas ça s’arrose par de la « red horse », à flots !!!!!!!

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