Siquijor et la vie qui s’organise

Du Kiwi Dive de Sandugan …

Durant la première semaine sur Siquijor, nous avons avancé en équilibre sur cette imprécise ligne de séparation entre l’être touriste et expatrié. 
Le discernement était d’autant plus difficile que nous continuions de loger dans un établissement touristique, le Kiwi DIve. 

Très vite cependant, nous avons vaqué à des occupations un peu moins touristiques – ouverture d’un compte en banque, achat d’un véhicule, les premiers ustensiles pour cuisiner, manger, faire la lessive, …

Un peu plus lentement nous nous sommes détachés du clan des touristes. Nous nous sommes petit à petit isolés de l’espace commun pour lutter contre l’irrésistible envie d’échanger, de connaitre, de renseigner, d’écouter et de partager qui provoque toujours des rencontres bien sympathiques. Heureusement, il nous a été difficile de résister, nous avons ainsi fait de belles connaissances. Et le Kiwi Dive nous rappelle alors les instants passés en compagnie de Céline, d’Ivan et de Matteo, père et fils à la conquête des Philippines, celle de l’«espanol loco loco» – insupportable mais attendrissant, le monsieur philippin et sa madame philippine. Puis il y a eu cette dame un peu plus âgée. Seule, discrète, silencieuse. Elle dégageait un invitant sentiment de plénitude et semblait savourer avec sagesse ses six mois en territoire philippin. Pour se dépasser, disait-elle, et plonger, plonger, plonger et encore plonger, malgré une imprécise maladie qu’elle a vaguement évoquée mais qui importait bien peu alors.  

Pendant notre séjour au Kiwi dive, Patras a retrouvé un moral d’acier et une envie de gambader toute nouvelle. Il a découvert les noix de coco et le sable fin. L’eau chaude, la marrée haute, la marrée basse, le chahut du vent, des vagues et la violence de la pluie en pleine tempête tropicale. Depuis Amsterdam et Pangasinan, nous ne l’avions pas vu aussi « foufou ». 

Mais, petit à petit, ce qu’il restait encore de « pseudo-vacances » s’est évaporé, comme emporté par le vent, un dégât collatéral de la météo sous ces latitudes. Nous avons alors laissé la petite maisonnette sur les hauteurs du Kiwi Dive. Nous avons laissé cet endroit paradisiaque, recoin paisible comme perché sur ce promontoire où à ses pieds s’achève la terre … « Bye bye Sandugan », direction San Juan, le coeur touristique de l’île, « the place to be » pour notre petit projet eco-touristique. Les «  au revoir » au Kiwi Dive ont été étrangement émouvants. Quitter Raul et sa petite équipe a fait comme l’effet d’un adieu … les moments passés là-bas se sont transformés en la plus douce des nostalgies : de ces instants qui, de derrière les paupières closes, ils replongent le corps dans une sorte de carte postale onirique, où où le moindre détail est bon, et le tout parfait. Le lieu, le personnel, les gentils promeneurs du petit matin – ces personnes aussi âgées qu’accueillantes, le calme, les oiseaux, Bernard et Crabule qui se promènent tranquillement le soir sur les escaliers de pierres … tout concoure à un puissant et bon souvenir.
Un peu comme cette histoire d’ancrage … 

la reposante plage de sandugan

… à San Juan

C’est fou à quel point de si courtes distances ont un tel effet sur les ambiances et le décor. Quelques 30 kilomètres à peine séparent Sandugan de San Juan, et pourtant, nous sentons des atmosphères toutes différentes se succéder au fil des kilomètres. 

Arrivés à San Juan, nous respirons un air nouveau. Nous croisons des « blancs», la national road est animée, des vieux airs dissonants s’échappent des bicoques de rue à karaoké et nous reconnaissons les établissements hôteliers qui longent la route principale. Alors que nous faisons nos au revoir à l’équipe du Kiwi Dive qui nous a accompagnés, et que Raul et ses collègues s’étonnent avec un air taquin qui nous fait rire aux éclats de la précarité de notre nouvelle habitation «  haha ! You are filipino na ! », nous apercevons les premières têtes des voisins que l’on apprendra très vite à connaitre, reconnaitre et fréquenter … mais ça, c’est une autre histoire … 

Appelez-moi « Seigneur Patate » 

Bon … les « ch’a(ts)mis » … il semblerait qu’on va difficilement pouvoir nous revoir dans le monde des vivants … mes maitres se sont posés dans cette bicoque en équilibre sur quatre, cinq, peut être six poteaux (j’espère plus six que cinq!) poteaux de béton et je n’ai pas l’impression qu’ils planifient de bouger de si tôt … ils parlent d’acheter une table, un frigo, une plus grande cuisinière, ils disent que de la machine à laver ils s’en passeraient bien parce qu’au lavoir c’est relaxant… et surtout, ils me parlent d’un terrain dans lequel je pourrai bientôt gambader en toute sérénité, des fois ils l’appellent même « ton territoire, Patatona ». 


Bon, ben du coup, vu que j’ai entendu dire que les « territoires », c’est pour les seigneurs, et que de surcroit je suis pas des plus contents à ne pas avoir été plus que ça consulté dans la prise de cette décision assez drastique de changer de (… de quoi exactement ? … fin bref, vous voyez de quoi je parle non ? … le coup de la cage dans le noir et puis sur l’eau et tout ce temps et toute cette chaleur …), et bien … je leur ai fait comprendre que, en tant que bon seigneur et vu mon mécontentement, je crache sur les croquettes, sur le riz, et j’exige de la bonne viande et des restes goûtus… ah ! Et les promenades : c’est sur la plage et vous pouvez jeter la laisse ! …
… Et c’est sans discussion … 

Du coup, mwouais, finalement on peut dire que je ne peux pas trop me plaindre. Les menus sont sympas : pandesal le matin, ces petits pains de lait philippins sans trop de goût mais qui sont parfaits pour mes vieilles dents ; à midi ce sont les goûtus restes, et puis il y a les cous de poulet, les bons ribbekes et les os de cochon, les restes de poisson séché de ma maitresse c’est moins top, mais après il y a légumes sautés et les sardines sur le barbecue … Pour ce qui est des promenades, j’adore celle du matin. Pendant que mes maitres prennent leur petit déj sur la plage, je m’amuse comme un fou avec les enfants du quartier. Il y a Nomi, Mayé, et tous les autres dont je ne connais pas le nom mais qui sont toujours au rendez-vous. Je connais un peu mieux le nom de mes nouveaux amis chiens, mais au contraire des enfants, ils sont un peu plus farouches, eux. Il y a disco, maxine, bruno, le blanc grognon, chuco, thomas et j’en passe … le seul hic c’est qu’à part maxine, aucun ne connait les règles de la baballe. Pffff… allez leur expliquer ! Ils parlent bizarrement en plus. 

À part ça, ben, je dors beaucoup et j’ai surtout bien dormi la semaine après avoir sauté du balcon de notre bicoque. Ben oui, j’ai un peu stressé, on venait juste d’arriver, mes maitres ont fermé la porte derrière moi, j’ai paniqué, j’ai sauté et je suis tombé sur maxine je crois. Heureusement que sa maitresse m’a pas vu sinon elle aurait surement fait une grosse voix qui aurait fait trembler sa glotte. Elle est particulière sa maitresse … on sait pas trop … exactement … avec précision … mais bon, rien n’empêche qu’elle soit très sympa et mignon avec ses manières ultra gracieuses ! En fait, au fond, tout le monde est très sympa ici … on n’arrête pas de faire des rencontres … mais ça, c’est pour un prochien pipisode … 

4 réponses sur “Siquijor et la vie qui s’organise”

  1. Una cosa é sicura.
    Se quest’anno hanno dato il premio Nobel per la letteratura a Bob Dylan é solo perché tu non avevi ancora iniziato a scrivere!!!!
    Un caro saluto a voi (da noi),
    Greta & Attilio

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