« notre dog qui est osseux »

(un article signé Patras)

Cela allait bientôt faire deux mois qu’aux miracles, je ne croyais plus … 

Le jour de la cavale de mes maitres, j’ai commencé à paniquer alors que l’on descendait le terrain, des valises à nos trousses, qu’ils m’ont dit de m’écarter du portail, et qu’ils ont insisté un peu nerveusement et très tristement.

Ils n’avaient pas encore disparu de ma vue qu’une grosse boule dans la gorge me faisait déjà glousser d’angoisse …

Ils m’ont alors mis la laisse et l’ont tendue à Bencio, leur fidèle travailleur et caretaker des lieux en leur absence.

Ils ont alors pris le tricycle, et m’ont planté là. Comme un vulgaire sac-à-puces avec quelques balles de tennis comme lot de consolation, et en compagnie du Minus qui se fichait du départ de mes maitres comme d’un harnais dernier cri …


Mes maitres se sont fait la malle un matin de début septembre, me laissant seul sur mon territoire, aux prises avec trois ouvriers et une petite famille d’amis anglais qui mâchouillent des ordres inintelligibles. Super.

Durant leur absence, je n’ai cependant pas fait le coup de la dépréchien. Peut-être qu’au fond de moi j’espérais passionnément qu’ils reviennent avec des valises pleines de pasalubong, ces cadeaux en tout genre ramenés de l’étranger dont les Philippins raffolent, inutile auquel cas d’écourter leur recherche de récompenses par des appels au loup futiles. Je n’ai par contre pas pu m’empêcher de faire ma tête de mule en essayant de passer au travers de la clôture, de m’acharner sur de gros cailloux en guise de jouets, et d’aboyer bien sûr sur voisins, passants, animaux, poules et autres figurants en tout genre. J’ai d’ailleurs entendu mes maitres dire à ce propos que c’est un miracle que personne ne m’ait entretemps empoisonné !

Pour être sincère, je commençais presque à me plaire auprès de mes nouveaux maitres : maitre Steve me ramenait très souvent des têtes de cochon grillé qu’il récupérait aux diverses fiestas du coin – « c’est quand même mieux que de mâchouiller des pierres avançait-il » ; et maitre Bencio, avait en quelques sortes adopté le Minus, Bruno, qui se déplaçait comme une ombre à ses fesses, n’étant ainsi plus une menace pour moi, ma gamelle, et mes caresses …

Je me faisais donc à ma nouvelle vie, si ce n’est qu’un soir de début novembre, alors que je roupillais déjà dans mes appartements, j’ai entendu des pas, des voix, et un accent anglais intelligible pour mes oreilles de chien francophone : mes maitres ! Chargés de sacs, de vélos, sentant la fritte et les croquettes ! Mes pasalubong n’étaient donc pas qu’une prière et les miracles existaient ! Ma joie m’a fait sauter, danser, pleurer, lécher, assis, couché, la patte, l’autre patte, mort, vivant, debout, et cule, cule, cule, youppi loulou !!!! (celle de l’ordre « cule » est une longue histoire …)

J’ai alors remercié le Dog, j’ai remercié, remercié, remercié, tellement remercié … qu’à y repenser : je l’ai peut-être un peu trop titillé … 

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