Petites perles de notre recherche de terrains à Siquijor

La visite de terrains met en marche notre ascenseur émotionnel. 

Mode ON, mais avec « défaillance technique » : «  up and down, en haut, en bas, doutes, en haut, en bas, frustration, en haut, en bas, excitation d’avoir trouvé le bon, en haut en bas, ras-le-bol, en haut, au milieu, point d’interrogation, « mais comment est-ce possible ? », « pardon ? », « encore ? », en haut, en bas, excitation d’avoir trouvé le bon, en haut, en bas, exaspération, encore un, encore un, encore celui-là, et celui-ci ?, non, oui, peut-être … LOOPING, défaillance technique : coincés la tête en bas en mode sans dessus dessous.

Au secours ! 

STOP !
Heureusement, nous réussissons encore à descendre de la machine folle. Mais pour combien de temps ? Nous commençons à nous demander si nous ne devrions pas revoir notre projet ??? « tiens zozo … y’a pas de seven eleven t’as remarqué ? … ni de macdo tiens ? … et si …???? » 

Dans ces montagnes russes nerveuses, l’on arrive à oublier que nous sommes aux commandes de la machine. Et que sur l’ascenseur fou, nous avons une emprise. N’avons-nous pas décidé de nous mettre en projet pour pouvoir justement les saisir, ces commandes ? Alors pourquoi laissons-nous les peurs orchestrer la mélodie que nous avons initialement décidé de composer nous-même … 
… facile à dire … 
… un «  chouia » plus difficile à appliquer … surtout lorsque une réalité très différente de celle à laquelle nous sommes habitués est le décor de ce nouveau terrain de jeu. 
Une réalité qui nous épuise alors qu’au fond elle est plutôt cocasse …

Vous en avez déjà eu un petit aperçu au fil des derniers articles n’est-ce pas ? … Alors accrochez-vous car la suite est tout aussi épicée. Car des terrains, nous en avons visité ! Une Vingtaine ? Une cinquantaine ? … Et au fil des visites, nous avons rencontré des vendeurs un peu particuliers … 

Ce beau terrain avec vue, que Madame « Lamorte » nous vend 

terrain de Timbaon avec vue

« Ce terrain ? Il appartient à mon arrière grand-mère ! » 

Monsieur Charlie est un homme d’un certain âge. Sa peau bien bronzée est marquée par le temps. Sur son visage, une paire de lunettes tordue le connecte à la réalité environnante. 
Il s’exprime dans un anglais sommaire … dont il se sert malgré tout fort bien pour l’annonce de montants à six chiffres et plus …  

Monsieur Charlie est un homme d’un âge certain. 
Ce qui le rend donc un petit peu fort âgé pour avoir une arrière grand mère encore de ce monde. Nous lui posons néanmoins la question. Par politesse peut être. « Mais dites-nous … votre mère-grand, Madam Lamorte la propriétaire, elle est encore en vie ? » 

«  Mais bien sûr qu’elle est encore en vie. Elle vit à Mindanao. Elle a 90 ans. » L’espoir nous pousse à considérer des réalités surréalistes. 
Le terrain nous plait : belle pente, vue dégagée, quelques arbres et une bonne terre. Il se situe le long d’une mignonne petite route, et sa vue sur Mindanao, Apo island et l’intrigante Negros est à elle seule une carte de visite prometteuse. 

Nous gobons ses dires et nous nous rendons, comme à l’habitude à présent, à la maison communale pour vérifier les papiers dudit terrain :

Plus tard dans le bureau de l’assessor 
« – Salut Ma’am Lucile ! Ce terrain nous intéresse, il appartient à Maria Lamorte, c’est bien ça ? 
– mmmmmh … voyons-voir … oui, oui, c’est bien ça …
– ça c’est une bonne nouvelle ! Qu’une signature pour l’acte de vente ! »
Nous ne cachons pas notre enthousiasme  
«  – mmmmh … et les loulous revenez sur terre » Ça c’est ce que son regard semble signifier. Ce qu’elle nous dit, avec prudence est «  I don’t think Maria Lamorte est encore vivante … » avant de se tourner vers sa collègue «  hein … elle est encore vivante Lamorte? » en cachant difficilement un sourire un petit peu moqueur … 
« Ne croyez jamais ce que l’on vous dit quand il s’agit de la vente de terrain, et vérifiez toujours tout par vous-mêmes … »
Sur ces sages paroles, nous envoyons un message petit fils de la morte « Monsieur Charlie ? Votre arrière grand-mère est vraiment vivante ? Parce que ce qui se dit en ville … » …

… Message auquel il nous répond « bon, ok, mon arrière grand-mère est morte … MAIS elle m’a donné procuration ! » 

… mmmmmmmouais c’est ça. Une procuration « made in paradise » … bon : NEXT …  

Ce terrain inexistant qu’un fantôme nous vend

terrain à Cugon, San Juan, sur le chemin vers les Lungnason falls

Dans le bureau de monsieur « Imposteur n°56 », nous nous sentons en confiance : il est ingénieur, ses cartes de visite posées sur son beau bureau en bois massif le confirment.
Il nous fait une copie du plan du terrain que nous venons tout juste de voir et trace sur le schéma d’innombrables traits de sa main experte afin de bien nous expliquer comment il est divisé et agencé … Il rajoute enfin que ce terrain est très fertile, que sa terre est bonne pour la culture. Il y cultivait des melons, les bons, les juteux … ce qui émeut l’âme nature du zozo qui, malgré son aversion pour le melon, se voit déjà travailler la terre chapeau de paille sur corps bronzé … 

Nous sortons de son bureau plein d’un nouvel espoir, le plan dans le sac et les informations gribouillées dans notre petit carnet, et nous nous dirigeons vers … les bureaux pour vérifier le tout … 

Dans les bureaux de l’assessor, ma’am Lucile fait la grimace et nous dit que le terrain appartient à une certain monsieur « Tamalou » et non à notre ingénieur, tandis que dans les bureaux du DENR, Greg nous annonce gentiment que le-dit terrain n’appartient à personne. « Lors de notre passage pour le recensement cadastral, personne n’a réclamé ni n’a prouvé sa propriété » 

Nous retournons voir monsieur l’ingénieur qui nous rassure à nouveau en nous montrant une copie de l’acte de vente dudit terrain des descendants de Tamalou … sauf que … l’oeil attentif du zozo détecte une anomalie : le numéro du terrain sur l’acte de vente ne correspond pas à celui du plan. Il ressemble fort, mais diffère. 1104-A au lieu de 1204-A, et le 1104-A n’existe même pas ! 

BREF : Monsieur l’ingénieur : au revoir et merci ! NEXT

Ce terrain qu’un type «  qui passait par là » a voulu nous vendre …

coucher du soleil depuis le haut de San Juan

«  – Hey gars ! T’aimes ce terrain ? J’te l’vends … quoi ? Le propriétaire ? T’inquiète … je suis l’administrateur, t’embête pas avec le proprio … tout’ façons il est mort depuis belle lurette … et il n’a pas d’héritiers …» 
… 
… et s’il y a des héritiers, il y a des fils uniques par paquets.

En effet, alors que les familles philippines s’emmêlent souvent les pinceaux pour des questions d’héritage tellement elles sont nombreuses, nous avons remarqué que Siquijor, à l’heure de montrer son intérêt pour l’achat de terrains, semble être l’île des Philippines qui concentre le plus grand nombre de fils uniques de l’archipel. 

«  – mmmmh … mmouais, ton terrain pourrait être intéressant, mais dis-moi, vu que le titre est au nom de feu ton père, combien êtes-vous de frères et soeurs pour que nous sachions combien d’accords et de signatures nous devons récolter pour la vente … 
– frères et soeurs ? » 
Certains semblent même entendre ces mots pour la première fois, en mode 
«  c’est quoi ça un « frère et soeur » ?
« – oui … pour savoir combien de signatures, combien d’accords rassembler …
-ââââââââh ! Non, non ! Pas de problème ! Je n’ai pas de frères, j’ai pas de soeurs ! Je suis fils unique ! … une seule signature, l’argent et le terrain est à vous ! » … 
… mmmh : et les emmerdes pour notre pomme … qui passons pour de bonnes poires aux yeux de ma’am Lucille :  

« Re bonjour Ma’am Lucille, nous sommes venus vérifier les papiers du terrain numéro 666. Il est bien au nom « Timalin » ?
– oui, c’est bien ça ! 
– Super ! Il est bien fils unique ? 
– ha ! »
On devine un sourire dans ses yeux alors que de sa fine bouche en position sérieuse s’échappe un petit rire nerveux. 
« – Ha ha ! » 
Ouille … sa bouche cache d’autres semblant de petits rires … 
« – HHHAH ! »
Cette fois ses yeux pétillent, tu te moques ma’am Lucille ? Elle se tourne alors vers son assistante. 
« – Hihihihihi ! Hihihihihi hihi hihi ! »
Et se lâche alors, rit allègrement et nous prend enfin à partie. 
« – Ne les croyez pas ! Des fils uniques ça n’existe pas ici aux Philippines, surtout en matière de vente de terrains ! Hahahaha ! Timalin est un fils unique ! C’est nouveau ça … allez voir au DENR, et demandez-leur la liste des enfants, ils ont dû la donner pour obtenir le titre de leur terrain … ou alors allez voir à la maison du barangay captain qui se trouve là, il a la liste des enfants car ils sont en procès pour cet autre terrain … hahaha ! Des fils uniques ! »

… Des fils uniques il n’y en a peut être pas, mais des situations uniques il y en a à foison … un peu trop même pour nos cerveaux occidentaux qui aiment lorsque tout est conforme et en règle … 

terrain avec vue sur la route de Siquijor à Lazi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *