Recherche de terrains à Siquijor : troisième « partie »

Dans la chambre froide avec le petit Spirou

 
Dans les bureaux du département des ressources naturelles – le DENR – il y a plus d’employés que de bureaux, on ne risque pas de transpirer, et l’ambiance est au beau fixe.

Après avoir manqué de trinquer avec l’avocat véreux, après avoir chanté presque dansé dans le bureau de l’assessor, nous nous dirigeons vers les bureaux du DENR pour vérifier, entre autres, si les terrains sans titre de propriété qui nous intéressent peuvent être vendus … oui, parce qu’en matière de terrains, il y a ceux avec titre de propriété et ceux en « tax declaration » … mais ça c’est une autre histoire …
 
Ce qui est vraiment sympathique au bureau du DENR, c’est qu’à l’entrée, au niveau de la réception, il y a la télé. Oui, oui : la télévision. Écran plat, couleur, taille moyenne et volume parfait. Bon, il est vrai que la télévision, on la trouve également dans les bureaux des services vétérinaires et dans les bureaux de la maison communale. Mais au DENR, le petit appareil branché sur la chaine de programme-réalité ou de soap-opera du moment est à la vue de tous et non uniquement sous les yeux des employés amusés. Nous j’adoronse donc nous m’y rendre en espérant devoir attendre le temps d’un petit épisode … 
dans les bureaux du DENR
dans la réception du DENR …
 
Lors de notre première visite, un jeune et gentil garçon nous accueille.
Tout sourire, assis derrière le petit comptoir de la réception, il retire ses écouteurs et met en veille son téléphone portable. Nous présentons aussitôt notre requête … 
– good afternoon po, sommes-nous bien au bureau du DENR ?
– … 

Arrêt sur respiration à peine perceptible.
Un infime mouvement des yeux accompagne son silence soudain – ses pupilles semblent tout à coup plus rondes … Dans les BD de chez nous, une bulle «  gloups » serait apparue au-dessus de son visage à l’expression perdue. 
Le règlement d’ordre intérieur stipule peut-être « à une question toujours tu répondras », ou est-ce notre prononciation anglaise des lettres de l’alphabet  – D-E-N-R – qui est quelque peu exotique, ou alors le volume de la télévision est tout compte fait plutôt élevé … toujours est-il que notre petit Spirou revient finalement à lui, et, tout sourire, il nous renseigne « oh ! oui ! Non, ce n’est pas ici, allez au bout de la rue, puis tournez à gauche ». En plus, il sous-titre son information du geste « au bout de la rue à gauche ». Tentative théâtrale de masquer le point d’interrogation qui s’est glissé à la fin de sa phrase ? 
 
Sceptiques, nous tournons les talons en le remerciant, lorsque la voix d’un monsieur heureusement nous arrête. 
 
– What are you looking for ? 
– Les bureaux du DENR
– Oh ! Mais c’est ici le DENR. Vous êtes au DENR. Comment peut-on vous aider ? 
 
Mentalement, nous rédigeons le C4 du petit Spirou, nous appuyons sur la touche REWIND et ajoutons à une liste qui commence à devenir longue trois nouvelles manières de sourire : « comment puis-je vous aider même si je ne vais pas le pouvoir », « d’avance pardonnez-moi pour la mauvaise information », « je n’en sais strictement rien »  
 
« Gregorio va pouvoir vous aider, il est à l’étage », nous renseigne le gentil monsieur, en insistant de manière suspecte sur le nom « Gregorio ». Nous nous y rendons alors à nouveau confiants. Nous poussons la porte du bureau et une caresse froide nous surprend, ou plutôt la gifle gelée d’un airco bloqué sur le programme « morgue ». Très vite cependant, la bonne humeur de la ribambelle d’employés entassés dans le bureau vient réchauffer l’ambiance. « We are looking for Gregorio » Notre requête déchaine les rires de la galerie et nous n’avons pas de mal à reconnaitre Gregorio parmi les employés : l’intéressé rit un peu moins et nous corrige poliment « Greg, appelez-moi Greg » …
 

Notre entretien avec Greg se passe très bien. Il nous félicite de nous rendre en personne dans les bureaux des administrations pour vérifier les papiers et les informations. Il nous donne des conseils, nous met en garde contre d’éventuelles escroqueries tout en cherchant les informations demandées dans de vieux registres en papier écrits à la main, dont la vieille machine à écrire posée à leurs côtés ne s’est pas encore occupé …

Monsieur Greg finit par nous souhaiter un « bonne chance, à bientôt revenez quand vous voulez » … sans se préoccuper le moins du monde que son « revenez quand vous voulez » n’est pas tombé dans les oreilles de deux sourds …

dans les bureaux du ROD
la machine à écrire de nouveau en vedette dans d’autres bureaux, ceux du ROD

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