Back to the Philippines !

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Deuxième rangée, ligne trois.
Juste à la hauteur de mes yeux.
Une stèle, gravée de noms familiers.

Nous sommes de retour aux Philippines !

Nous arrivons à Manille à la veille de la Toussaint, il n’y a pas de bateau avant une semaine, nous ne pouvons continuer immédiatement notre route, Manille s’impose ainsi à nous, et nous laisse le temps de retrouvailles en chair, en os et à la chaleureuse lueur des bougies dansantes …

Comme toutes les fêtes religieuses aux Philippines, la Toussaint est sérieusement célébrée.

À cette occasion, les cimetières se colorent de fleurs, de bougies et de vie. Ils se peuplent de vivants venant célébrer la mémoire de leurs êtres chers. En famille, ils se réunissent, mangent, jouent, papotent autour des tombes qu’ils nettoient, lustrent, illuminent, fleurissent … 

Réunions familiales entre deux mondes …

Peut-être est-ce le moment idéal pour visiter les cimetières de la ville : l’impressionnant cimetière chinois par exemple, aux allées bordées de tombes majestueuses dont certaines sont aménagées tout confort – cuisine et air conditionné s’il vous plait ! Ou pourquoi pas visiter l’un de ces cimetières aux tombes habitées de vivants … abris organisés boulevards des allongés …

Nous n’aurons malheureusement pas le temps de flâner aux portes du paradis … nous en aurons juste assez que pour rendre visite aux membres célestes de la famille …

Nous voilà donc face à une paroi pleine de caveaux mortuaires, dans une pièce où règne une heureuse cacophonie. L’endroit est adossé à l’église Holy Trinity d’un barangay de Sampaloc dans la ville de Manille.

caveaux mortuaires du cimetière de l'église Holy Trinity à Manille

Deuxième rangée, ligne trois.
Juste à la hauteur de mes yeux.
Une stèle, gravée de noms familiers.
À l’intérieur, ma lola et mon lolo – en français ma grand-mère et mon grand-père – qui reposent en paix. À côté d’eux, la boite de ma tante.

Soudain, un détail vient perturber le Zozo recueilli à mes côtés : la pierre qui renferme le tombeau lui semble somme toute fort petite. Petite pour contenir un corps … alors deux, ça relève plutôt du divin. (Il y a des détails qui activent chez certains un lien direct avec le cerveau, hémisphère gauche plus précisément …) Je me dois de constater qu’il n’a pas tout à fait tort : la porte d’entrée des maisons célestes doit faire quelques cinquante centimètres sur trente. Aurait-on, par ici, la recette pour séparer l’âme du corps d’un défunt ? Nous sommes d’autant plus perplexes que la profondeur de ces petites cases ne semble pas arriver au mètre. Quelques caveaux ouverts sur le mur opposé nous permettent en effet d’apprécier l’agencement intérieur des petits condos célestes… Alors que l’hémisphère gauche de notre encéphale reste bloqué sur le mode de l’incompatibilité géométrique, à l’est, ça commence plus à se délecter d’une multitude d’hypothèses aussi macabres que surnaturelles … ce qui vient quelque peu perturber mon recueillement … mais je m’en remets bien vite : comment se recueillir lorsque la pièce entière est plongée dans une heureuse cacophonie ambiante : des familles entières sont assises, ça papote, ça mange, les enfants jouent, les uns rentrent, les autres sortent. Et, bien que je me retienne de tout selfie, l’ambiance décontractée environnante m’enlève toute gêne pour photos, vidéos et conversation avec mon Zozo.

Lorsque nous rentrons de notre visite au cimetière, la nuit est imminente. Le soir tombe vite sous les tropiques. Nous sommes à proximité d’une station de PNR, le chemin de fer philippin, le Philippine National Railway. Nous ne connaissons pas encore ce moyen de transport et décidons alors de tenter l’expérience. Nous avons de la chance : nous ne devons attendre qu’une vingtaine de minutes, et la rame n’est pas bondée. À bord, alors que le train se fraie un chemin dans un paysage sombre sans repères, nous nous sentons par à-coups tanguer comme en dérive sur une mer agitée. Nous n’apercevons presque rien de la vie au dehors, il fait à présent nuit noire si ce n’est à hauteur des passages à niveaux. Les phares puissants des voitures à l’arrêt nous ramènent alors brutalement à la réalité citadine. Mais lorsque ces brefs instants de luminosité passent, nous sommes replongés dans un décor sombre, que quelques bougies allumées par endroit éclairent. Des bougies, posées en rang à même le sol, autels improvisés en souvenir d’êtres chers. Grâce à leur halo, nous devinons les scènes de vie d’une communauté de manilènes qui vit le long des rails, dans des habitations de fortune, comme adossés à des quais le long desquels le train ne s’arrête pas. Pas pour eux.

Depuis la station de San Andres, nous marchons jusqu’à notre guesthouse située au coeur de Malate. Notre marche est ponctuée de nombreux de ces autels lumineux posés à même le sol autour desquels se déroulent des scènes de la vie quotidienne des rues de Manille.

Toussaint à Manille : scène de rue

scène de rue, scène de vie, Toussaint à Manille

scène de rue, scène de vie, Toussaint à Manille

Nous sommes de retour ! …

… de retour, après un voyage dans l’espace, après un voyage dans le temps : quelques dizaine de milliers de kilomètres aller et retour, six magnifiques semaines, et cette impression que ce voyage n’a duré qu’un court instant !

Magie des moments limités par le temps …

Nous rentrons alors, entre excitation et nostalgie.

Comme à notre habitude, nous voyageons chargés : deux vélos, trois sacoches, trois sacs de voyage, et un sac-à-dos. Nous nous en sortons sans bagage supplémentaire mais laissons derrière nous des kilos de café, thés, tisanes, les fromages, la charcuterie, les cèpes, et toutes ces madeleines que Proust évoquait si bien …

à l'aéroport : tous les bagages sont bien arrivés !

Comme un refrain, c’est Manille qui nous accueille en avant-première. Comme d’habitude, nous laissons cette ville nous surprendre comme une première fois et prenons le temps qui nous est imposé de la retrouver …

Ces soirées à Makati

En matière de retrouvailles, nous ne perdons pas de temps. Bien que nous logions à Malate , nous passons nos premières soirées à Makati, une municipalité de Metro Manila, le Grand Manille. Une très sympathique communauté de français expatriés s’y retrouve, les revoir le temps de quelques verres est un plaisir certain. Et puis, c’est un peu comme si ces rencontres adoucissaient le dépaysement …

Imposante, extravagante, faite d’acier et de lumières, Makati surprend et ravit le visiteur. Ses tours s’élèvent dans leur robe de verre, de béton et d’acier : immeubles, habitations, centres commerciaux d’un luxe ostentatoire. Rues rangées, gens pressés, et malls déjà décorés pour Noël qui ressemblent à d’immenses cadeaux à déballer …

Nous nous rendons à Makati en métro aérien, le LRT et le MRT, le trajet nous rappelle à quel point se déplacer au bord d’une de ses rames – en dehors des heures de pointe – offre une belle vue sur la ville. Élevé, le métro traverse Manille et offre un spectacle en mouvement d’une perspective nouvelle, particulière.

Le premier soir est festif, après avoir dégusté les délicieux falafels de Elijah, nous prenons un verre au Café Curieux avant de sortir au Pura Vida. La vie nocturne autour de Padre Burgos n’est pas que prostitution. Il y a aussi des bars très sympathiques, des cafés dansants branchés et animés. La nuit est festive, et, finalement nous rentrons en Grab, le Uber philippin. Le métro ne roule en effet plus depuis des heures …

Bonne nuit à Malate

La nuit, Malate nous berce. Malate est un des quartiers de la ville de Manille. Bien placé d’un point de vue touristique, il est proche du parc Rizal, d’Intramuros, à quelques arrêts de métro de Chinatown, des marchés de Divisoria, de Quiapo, et de bien d’autres endroits. Y séjourner c’est faire le choix de plonger dans une réalité pleine de contrastes, touchante dans sa spontanéité, dérangeante dans sa sincérité. Ici, pas de malls luxueux ni de villages que murs et gardes armés protègent. La vie se vit dans la rue, le long de trottoirs accidentés, le long des trottoirs occupés : voitures, étals improvisés, tables de bois, tables en plastique, habitants de la rue, prostitués, …

Marchés

Impossible de quitter Manille sans un tour par ses marchés. Ça tombe bien : nous devons faire de la paperasse, et les bureaux se trouvent au coeur de Binondo, de l’autre côté de la rivière Pasig, juste à côté des marchés de Divisoria, et de Quiapo.

Nous descendons à l’arrêt Carriedo du métro aérien, et nous sommes immédiatement propulsés dans la réalité des marchés de rue : étals, musique tonitruante, étals, malls défraichis, vendeurs ambulants, musique tonitruante et grésillante, étals, étals, étals, chinoiseries, vêtements, réparateurs, cordonniers, vaisselle, chinoiseries, vêtements, potions magiques, statues sacrées, chinoiseries, … le tout sur fond de traffic, de pots d’échappement, et de leur souffle chaud, rauque et pollué.

Arrêt Carriedo, Santa Cruz church, Escolta street – l’une des plus vieilles rues de Manille – des bureaux pour respirer, un peu de paperasse, et retour dans la rue, retour sur nos pas, arches of goodwill et, derrière elles, Chinatown. Nous salivons en pensant aux délices des restaurants chinois. Une multitude de minuscules magasins ouverts sur la rue se succèdent – ferrailleurs, bijoutiers, pharmacies, bibelots, vendeurs de pièces en tout genre, étals de fruits, livreurs, calèches, sous des paquets de fils électriques emmêlés qui strient désordonnés le ciel de Manille. Vie qui grouille, concerto citadin, sans relâche, sans harmonie mais tellement réel.

les arches of goodwill à l'entrée de Chinatown à Manille

marché de Divisoria à Manille
vue sur marché de Divisoria

Bye bye Manille

partir de manille à vélo au petit matin

Le 4 novembre au petit matin, nous quittons Manille chargés comme des mules sur nos vélos fraichement déballés. Les premiers mètres, nous avançons dans un flot dense de taxis roulant au pas, ils évitent des kilos de viande saoule : ces survivants de la nuit que de petits enfants suivent la main tendue. C’est dimanche, le jour se lève, et nous nous souvenons que Malate est aussi cela …

Passé le Remedios circle, la circulation se fait plus calme, et nous roulons dans une Manille qui s’éveille timidement. Les rues sont dégagées, on s’étonne de pouvoir respirer et rouler dans la mégapole en est presque agréable ! Cette fois, pour nous rendre au pier 4, et prendre le bateau vers Cebu, nous suivons l’itinéraire suggéré par l’application mapsme, option à vélo. La dernière fois, la route la plus directe sur carte nous a propulsés avec nos montures dans un cauchemar de camions, de pollution, de klaxons démoniaques, sur de grands axes sans place pour les vélos, à longer des bidonvilles, et des files de bolides crasseux. Grâce à l’application mapsme, nous découvrons une Manille nouvelle, calme, lumineuse.

Mais petit à petit, les rues désertes laissent la place à plus d’animation, l’heure tourne certes, mais il n’y a pas que cela. Les constructions en béton laissent la place à des habitations plus bancales, éclectiques, du carton, du bois, entassements de tôle, de bâches, de matériaux de récupération, morceaux de débris en tout genre qui trouvent ici une autre vie. Les maisons se succèdent, sur deux étages pour la plupart, accolées les unes aux autres, sans unité, amas de débris qui tiennent droits par miracle. Nous sommes à Tondo, un quartier, un bidonville, la porte d’entrée vers Smokey Mountain, une décharge à ciel ouvert, un lieu de vie, un lieu de travail sans lois ni honte.

Mais finalement, après cette dernière ruelle étroite, boueuse, si peuplée, si désordonnée qu’elle semblait se renfermer sur nous … finalement nous arrivons au port. Et nous embarquons vers Cebu … puis Siquijor …

vue sur manille départ du bateau vers Cebu

PS : Après enquête, nous trouvons une explication à l’énigme des petites tombes … celles-ci renferment en fait les os des défunts. « La femme de ménage de ta grand-mère a dépoussiéré ceux de ton grand-père et ton cousin s’est occupé de lola« , nous précise papa … bref : à boire et à manger pour notre cerveau droit qui s’imagine déjà l’offre d’emploi de la dame de service idéale … 

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